Maurice Lévy , Président du directoire de Publicis Groupe

Publié le par Real del Sarte

 
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Président du directoire de Publicis Groupe

« Des acquisitions ciblées à l’étude »

Quelles sont selon vous les clés du succès de Publicis?
C'est surtout le fruit d'une stratégie minutieusement exécutée sur plusieurs années : réunir un ensemble de compétences et de talents qui réponde le mieux aux besoins de nos clients : trois marques publicitaires mondiales très distinctes qui ne se cannibalisent pas, une offre publicitaire complémentaire faite de petites agences ou réseaux indépendants et ultra-créatifs (Fallon, BBH,Marcel,..), les deux plus belles marques mondiales d'achat d'espace et de conseil média, le premier ensemble mondial de communication santé (qui s'adresse à l'industrie pharmaceutique) et enfin une multitude d'agences hyperspécialisées dans toutes les techniques du marketing. Enfin, nous sommes présents dans 104 pays, c'est-à-dire totalement mondiaux et très présents sur les marchés émergents à forte croissance, qui représentent déjà plus de 20% de notre revenu.

Votre groupe a dominé le marché publicitaire en mai, cela préfigure t'il un second trimestre aussi bon que le premier ?
Effectivement, nous avons été classés Numéro un mondial du " new business " (gains de budgets) en mai, et je vous le rappelle, numéro un sur toute l'année 2005. Il est évident que ce dynamisme commercial est essentiel pour notre croissance future. Nos chiffres du deuxième trimestre seront publiés fin juillet et le mois de juin va être déterminant.

Quel est l'impact de la Coupe du Monde sur le marché de la publicité en général et sur Publicis en particulier ?
Lors des coupes du monde précédentes le marché publicitaire a effectivement bénéficié d'un volume supplémentaire, notamment en Europe. Pour celle de 2006 en Allemagne, il  est encore un peu tôt pour conclure mais il est vrai que le départ semble un peu mou pour le moment. L'impact pour Publicis sera positif, notamment car notre filiale commune avec Dentsu, iSe, est chargée de vendre les programmes d'hospitalité aux annonceurs et que ce processus s'est plutôt bien passé.

Internet a introduit de profonds changements dans les modes de consommation. Comment votre groupe accompagne t'il ces évolutions ?
Internet fait aujourd'hui partie intégrante de notre offre, tant en publicité (nous sommes " média-agnostiques "), qu'en conseil et achat médias ou encore dans le domaine du marketing, où le dialogue avec le consommateur se fait de plus en plus par le biais du web, et ce y compris dans les pays émergents. Nous sommes donc totalement engagés dans ces développements.

Vos prévisions en matière de publicité " classique " et " on line " pour 2006 ?
Nous pensons que le marché publicitaire mondial va croître de 6%, avec une progression bien sûr plus forte d'internet. Le " marché des agences de communication ", de son côté pourrait croître d'environ 3,5% à 4%.

Vous avez refermé le dossier Aegis pour une raison de prix. Envisagez vous de jouer le rôle de chevalier blanc si Lord Sharman s'adresse à vous pour contrer l'offensive de Vincent Bolloré ?
Notre raisonnement est clair et n'a pas varié depuis octobre 2005 : nous avons été intéressés par Aegis (en particulier son activité conseil et achat média) car nous sommes le partenaire qui offrirait la meilleure complémentarité géographique et les meilleures synergies pour nos clients. Mais ce n'est pas pour autant une acquisition vitale pour nous. Nous nous sommes retirés pour éviter une guerre d'enchères. Si je reçois un appel, j'écouterais sans aucun à-priori la proposition.

Dans un tout autre registre, un rapprochement Publicis/Havas est-il possible et/ou souhaitable ?
Je me suis déjà exprimé : un tel rapprochement n'a aucun intérêt pour nous ni pour nos clients. En revanche, certains actifs d'Havas pourraient s'avérer intéressants dans l'éventualité d'un souhait de Vincent Bolloré de se désengager totalement ou partiellement. Mais il me semble que ce n'est pas d'actualité.


Existe-t-il d'autres opportunités de croissance externe et dans l'affirmative, les examinez vous ?
Bien sûr : nous souhaitons utiliser en priorité nos importantes liquidités à des acquisitions ciblées qui créent de la valeur pour nos clients et par conséquent pour nos actionnaires. Les priorités sont les marketing services (marketing direct, CRM, événementiel, communication interactive, ..) et les pays à forte croissance (Chine, Inde,..) ou une combinaison des deux. Nous examinons actuellement un grand nombre de dossiers..

Vous êtes un européen convaincu. Quelle est votre opinion sur la notion de " patriotisme économique " ?
Nous évoluons dans un monde ouvert et concurrentiel : la performance économique et financière est le seul vrai garant de l'indépendance d'une entreprise et donc par conséquent de la richesse économique d'un pays. Cela n'empêche pas de penser, en prenant des décisions de chef d'entreprise à ce qui ferait un peu de bien à l'économie de son pays, à ses emplois.

Que faudrait t-il faire pour que la France retrouve le dynamisme et la confiance qui lui permettront de conserver son rang dans l'échiquier mondial ?
Beaucoup de choses, à commencer par une redynamisation de l'économie qui passe par l'investissement et la simplification de la législation du travail. Pour redonner de l'énergie à l'entreprise nul besoin d'aide ou d'assistance, il y a tout juste la nécessité de favoriser la compétitivité face aux entreprises qui sont nées sous des cieux plus favorables pour le développement de l'économie et de l'emploi. Il est indispensable de libérer les énergies et cela passe par moins de réglementation dans beaucoup de domaines.

Vous avez hissé Publicis au quatrième rang mondial de la communication. Quels sont vos nouveaux défis ?
Nous réinventer en permanence pour demeurer en harmonie avec les besoins de nos clients et les évolutions fulgurantes de la société et des consommateurs : nous devons conserver cette capacité de remettre sans cesse en cause nos modes de pensée et nos organisations. Cela est un défi car il concerne nos 38 000 collaborateurs.

Avez-vous désigné un dauphin pour vous épauler dans ces challenges et une date de transmission de témoin?
Je me suis clairement exprimé sur ce sujet : le Conseil de Surveillance m'a demandé de rester à la tête du Directoire jusqu'en 2010. Je souhaite présenter  un choix de candidats au Conseil, qui décidera, comme cela est sa mission.

Le mot de la fin pour vos actionnaires ?
Publicis Groupe est le plus petit des grands groupes de communication : il est donc celui qui recèle le plus de potentiel et celui qui est le plus à même de se remettre en question. Nos ambitions de croissance et de rentabilité devraient être à même de satisfaire nos actionnaires.


2006-   
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