Daniel Lebègue

Publié le par Real del Sarte

 
 

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Daniel Lebègue,
Président de l’Institut Français des Administrateurs (IFA)

La gouvernance d’entreprise (« corporate governance » en anglais) reste un concept un peu abstrait pour beaucoup. Comment la définissez-vous ?
La meilleure définition, pour moi, est celle qu’en a donnée le père de la corporate governance moderne, lord Cadbury : c’est la recherche d’un mode de direction et de contrôle de l’entreprise ou de l’organisation qui concilie au mieux l’efficacité de la gestion et la sécurité pour les actionnaires et pour les autres parties prenantes. Pour atteindre cet objectif, les trois principaux acteurs que sont les dirigeants, les administrateurs et les actionnaires doivent remplir leurs fonctions respectives avec diligence et professionnalisme, au mieux de l’intérêt collectif.

Pourquoi cette question de la gouvernance a-t-elle pris l’importance qu’elle a aujourd’hui, en France et dans le monde ?
Les défaillances  graves constatées à la fin du siècle dernier dans la gestion d’un certain nombre de grandes sociétés (Enron, Worldcom, Parmalat, Crédit Lyonnais…) ont mis en lumière la nécessité de mieux contrôler l’action des dirigeants exécutifs, d’améliorer la fiabilité de l’information financière, de renforcer les processus d’audit et de contrôle interne des risques. La plupart des grands pays ont réformé en conséquence leur droit des sociétés et édicté des recommandations sous forme de codes de gouvernance professionnels : la France l’a fait avec la loi sécurité financière (2003) et les rapports Viénot-Bouton (1997-2002), les Etats-Unis ont adopté la fameuse loi Sarbanes Oxley (2002). L’affirmation des missions imparties au conseil d’administration dans le champ de la stratégie, du contrôle des comptes et de l’information financière, de l’évaluation des dirigeants et du contrôle interne constitue un élément essentiel de cette évolution. Elle s’accompagne d’une professionnalisation accrue du travail des administrateurs. L’idée qu’une bonne gouvernance doit permettre d’améliorer la performance de l’entreprise est aujourd’hui très largement partagée, au-delà même des grandes sociétés cotées en bourse, dans le monde des PME, des entreprises publiques et mutualistes, et même dans le secteur sans but lucratif des associations, fondations et collectivités locales.

Quel état des lieux peut-on dresser de la gouvernance d’entreprise en France, par comparaison avec d’autres grands pays ?
Dans plusieurs domaines, nous avons parcouru un chemin considérable au cours des dix dernières années. La composition des conseils d’administration s’est améliorée (davantage d’administrateurs indépendants, moins de cumul excessif de mandats, 25% d’étrangers dans les conseils de nos grandes sociétés). Les conseils travaillent plus et mieux (7 réunions par an en moyenne, création de comités spécialisés du conseil). La qualité de l’information financière s’est beaucoup renforcée et l’assemblée générale des actionnaires devient un temps fort dans la vie de l’entreprise. Dans d’autres domaines, nous avons encore des progrès à faire pour nous hisser au niveau des meilleures pratiques internationales. Je pense en particulier au processus de sélection, de formation et d’évaluation des administrateurs, à l’organisation par le conseil de la relève des dirigeants, à l’ouverture des conseils à d’autres profils d’administrateurs (femmes, scientifiques, minorités ethniques, monde associatif). En matière de pratiques de gouvernance, notre pays se situe bien en Europe continentale, mais l’observation de pays qui ont une tradition ancienne en la matière – Royaume-Uni, Canada, pays scandinaves – montre que nous avons encore des marges de progression. La gouvernance d’entreprise, comme le management, est une matière qui se renouvelle et s’enrichit constamment
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Quatre ans après le rapport Bouton, quelles sont pour l’IFA les priorités de l’heure ?
Les conseils d’administration doivent d’abord se donner les moyens d’exercer pleinement la responsabilité qui est la leur dans le choix, l’évaluation, la fixation des rémunérations et la préparation de la relève des dirigeants exécutifs.
L’organisation des assemblées générales d’actionnaires pourrait également être plus vivante et centrée sur les questions – stratégie, évaluation des dirigeants, opérations en capital – qui intéressent au premier chef les investisseurs.
Je pense enfin que les questions d’éthique, de réputation et de responsabilité sociétale sont en train de prendre de plus en plus d’importance dans la vie et donc dans la gouvernance des entreprises.

Dans cette évolution, quelles sont les qualités attendues d’un administrateur ?
Dans la charte de déontologie et le vade-mecum de l’administrateur rédigés par l’IFA, nous disons que l’administrateur doit être diligent, loyal et remplir son mandat avec professionnalisme et indépendance d’esprit.
L’administrateur doit en permanence se poser la question de sa responsabilité et ce qu’il apporte à la société. Son action doit contribuer à créer de la valeur pour l’entreprise et pour ses actionnaires
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En quoi l’Institut Français des Administrateurs contribue-t-il à cette professionnalisation de l’activité des administrateurs ?
L’IFA est devenu en trois ans l’association professionnelle de référence des administrateurs exerçant leur activité en France. Avec plus de 1200 membres exerçant leurs fonctions dans environ 2500 sociétés de toute taille et de tout statut, notre Institut apporte aux administrateurs l’information, la formation et l’expertise dont ils ont besoin. Il contribue également, au travers du travail de ses commissions et groupes d’échange, à identifier et à diffuser les meilleures pratiques en matière de gouvernance d’entreprise, en étant attentif à formuler des recommandations correspondant aux besoins des différents types d’entreprises et d’organisations. C’est ainsi qu’en 2006 nous avons présenté trois rapports sur la gouvernance des PME patrimoniales, celle des mutuelles et celle des associations faisant appel à la générosité publique.

Quelles sont les initiatives qu’envisage de prendre l’IFA fin 2006 – début 2007 ?
Elles sont nombreuses. Nous constituons de nouveaux groupes de réflexion sur les comités de rémunération et de nomination, la gouvernance des filiales, la prise en compte de la diversité dans la composition des conseils, la gouvernance et la RSE.
Nous sommes en train de développer notre club recherche et de mettre en place un observatoire des pratiques de gouvernance. Notre prochain colloque annuel aura pour thème une comparaison des pratiques France- Etats-Unis.

Que propose l’IFA dans les régions en particulier aux PME et filiales de grands groupes ?
Des délégations régionales ont été mises en place dans les grandes métropoles – Lyon, Marseille, Strasbourg, Lille, Nantes, Bordeaux, Toulouse – qui offrent aux dirigeants et administrateurs le moyen de s’approprier au plus près de leur territoire les outils et les bonnes pratiques de la gouvernance d’entreprise. Le sujet suscite un intérêt croissant dans le monde de l’entreprise ainsi que dans celui de l’enseignement supérieur et de la recherche, comme ce fut le cas il y a 50 ans avec le management. C’est une bonne nouvelle car il y a là des réserves d’efficacité pour notre économie et pour notre organisation sociale
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La question de la corporate governance ne doit-elle pas être abordée au niveau européen ?
Oui. C’est la raison pour laquelle nous avons pris l’initiative de créer, avec nos homologues britannique et belge, la Confédération européenne des associations d’administrateurs (ECODA), qui porte la voix des administrateurs de sociétés vis-à-vis de la Commission et du Parlement européen.

Comment peut-on continuer à progresser ?
Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de nouvelles règles publiques ni d’un surcroît de procédures et de sanctions. Nous croyons à la responsabilisation des acteurs, à la diffusion des bonnes pratiques et aux effets d’émulation entre entreprises et entre pays. L’IFA a l’ambition de contribuer, avec d’autres en particulier avec l’AFG, à entretenir cette dynamique.


easyBourse.com - 07 Septembre 2006
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Publié dans INTERVIEW

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