Philippe Carli

Publié le par Real del Sarte

 

Interview easyBourse.com > 

Philippe Carli,
président de Siemens France

« L’innovation est plus que jamais notre moteur de croissance »

Vous êtes le premier employeur étranger en France avec près de 13 000 salariés, mais vous ne représentez que 3% des effectifs mondiaux de Siemens. Que vous inspirent ces chiffres ?
En termes de chiffres d’affaires et d’effectifs, la France représente pour Siemens le 3ème pays en Europe après l’Allemagne et le Royaume-Uni, avec respectivement 3,4 milliards d’euros et 12 800 employés sur l’exercice 2005. Nous visons pour cette année la barre des 4 milliards d’euros avec une croissance de l’ordre de 17%. Au cours de l’année 2006, nous avons intégré les équipes françaises de Flender (automatismes) et de VA Tech (énergie, services industriels). L’activité du groupe Siemens est donc en forte croissance en France et je suis confiant pour l’avenir. Nous avons aussi l’ambition de soutenir le développement du groupe sur les marchés du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) où nous avons déjà eu de beaux succès. Je citerais par exemple le contrat du métro d’Alger que nous avons remporté avec Vinci en début d’année. Positionné en pointe sur les métiers de l’énergie, de la santé et des transports, le groupe a de belles perspectives dans l’Hexagone.

Toujours en matière d’emplois, comment qualifieriez-vous la tendance 2006 ?
Sur 2006, comme depuis de nombreuses années, Siemens est un recruteur net. Nous avons recruté près de 750 personnes cette année dans l’ensemble de nos métiers. Nous sommes présents dans toutes les régions françaises avec 16 usines et 9 centres de R&D. J’ai veillé personnellement à ce qu’une part importante de ces recrutements renforce notre expertise et le développement de notre valeur ajoutée en France.

Que pensez-vous de la pression « court-termiste » qui pèse aujourd’hui sur les dirigeants ?
Je ne partage pas complètement votre analyse. Le groupe Siemens – fondé il y a plus de 159 ans – est orienté sur le long terme en investissant et en se développant dans des métiers à cycles longs (automatismes, énergie, transports, santé) où la vision à moyen et long terme est primordiale. Certes, la rentabilité à court terme doit être au rendez-vous, mais n’est-ce pas l’essence de la vie des entreprises, c'est-à-dire une croissance profitable ?

Etes-vous exposé à une telle pression de la part de votre maison mère ?
Bien entendu, mais ce qui compte pour moi, c’est aussi d’anticiper l’avenir : prendre les mesures nécessaires pour assurer la compétitivité du groupe en France et répondre aux mieux aux attentes de nos clients. C’est aussi décider, aujourd’hui, les investissements et actions qui nous permettront de développer des centres de compétence mondiaux pour les secteurs où notre pays a un savoir-faire inégalé. Mais pour cela, il faut aussi que les objectifs trimestriels fixés soient tenus.

Siemens est historiquement implanté dans l’Hexagone. Quelle est la particularité du marché français et quels sont vos objectifs en termes de croissance ?
Siemens est présent en France depuis plus de 150 ans. Le marché français de l’électrique et de l’électrotechnique (90 milliards d’euros en 2005) est en croissance moyenne de 5% par an. Notre objectif est de croître deux fois plus vite que ce marché où nous avons sur chacun de nos métiers un concurrent national de tout premier plan (transports, énergie, automatismes, télécoms). C’est un cas unique en Europe qui rend notre démarche d’autant plus ambitieuse. Déjà leader dans le domaine de l’industrie et du bâtiment, nous avons commencé à percer de manière significative dans les transports (avec la SNCF et la RATP) et dans l’énergie (avec Poweo).

Vous aviez à l’époque regardé le dossier Legrand, envisagez vous de recourir à une opération de croissance externe pour vous renforcer ?
Nous avons eu des discussions à l’été 2005 avec les fonds Wendel et KKR qui en sont les principaux actionnaires. Nous ne sommes pas tombés d’accord. Cela devient un peu plus compliqué dès lors que la société entre en bourse. Cela dit l’histoire rebondit parfois. Ce dossier n’est donc plus d’actualité. Nous nous développons tant en croissance endogène qu’exogène (Bonus et VA Tech dans l’énergie, Flender dans les automatismes, DPC et Bayer Diagnostics dans la santé). Nous sommes ouverts à toute opportunité qui renforce notre expertise ou nos parts de marchés. Elle doit s’inscrire dans notre stratégie de réponse aux mégatendances du 21ème siècle (énergie, transports, santé, eau, mobilité).
 
Parlez-nous des pôles d’excellence de votre société ?
Avec la sortie de la téléphonie mobile cédée au taïwanais BenQ et le recentrage du groupe sur le marché des infrastructures, nous développons nos centres d’excellence dans les domaines de l’énergie, de l’eau, des transports, de la santé et des télécommunications (en JV avec Nokia dès 2007). Nous y voyons un très fort potentiel de développement et notre politique d’acquisition et de cessions s’inscrit dans cette démarche volontariste. En France, nous avons développé des compétences reconnues mondialement dans le domaine de l’électronique automobile, les automatismes de métro, la haute tension. Nous avons démarré aussi des coopérations dans le domaine de la santé avec par exemple le CEA pour l’imagerie médicale.

Siemens récompense depuis cinq ans les entreprises qui placent l’innovation au cœur de la compétitivité au travers du « Grand Prix Siemens de l’Innovation ». Un mot sur cette initiative ?
L’innovation est à l’origine du groupe Siemens en 1847. Elle est au cœur de notre stratégie et elle représente plus que jamais notre moteur de croissance. Nous y investissons en moyenne 5 milliards d’euros, soit près de 7% de notre chiffre d’affaires mondial. Il était légitime pour Siemens de récompenser les entreprises innovantes en France, elles font d’ailleurs souvent partie des clients du groupe. Je citerais à titre d’exemple quelques lauréats depuis 2001 : PSA Peugeot Citroën, Saint-Gobain, Michelin, Pomagalski. Après trois éditions nationales, nous avons régionalisé ce prix en 2004 (Rhône-Alpes) et 2005 (région PACA), avant de récompenser les entreprises d’Île-de-France cette année. En 2006, le choix du jury s’est porté sur trois jeunes entreprises du domaine de la santé, avec des innovations remarquables.

Siemens France offre, notamment, aux 3 lauréats ses conseils et ses recommandations dans leurs domaines d’activités respectifs. Dans quelle mesure Siemens va-t-elle aider la société APcis dans sa recherche (elle a obtenu le 1er prix)?
Tout d’abord, le prix Siemens récompense le travail des équipes d’APcis et ses recherches, notamment sur l’hormone de l’éveil permettant la validation de nouvelles molécules pour le traitement des troubles du sommeil, de la dépression chronique et de la maladie d’Alzheimer. Par ailleurs, APcis a reçu une enveloppe financière symbolique afin de l’aider dans son développement. Finalement, nous leur offrons un an de « tutorat » sous forme de conseils et recommandations dans leurs domaines d’activités respectifs. En tant qu’acteur majeur dans les technologies de la santé, Siemens peut apporter son expertise en imagerie médicale (IRM), ses compétences juridiques et son expérience en dépôts de brevets.
 
Klaus Kleinfeld, le patron de Siemens, a déclaré, mardi 27 juin, lors d'un séminaire de presse à Berlin que : "Nous allons croître de manière organique et continuer à nous renforcer par des acquisitions". Selon vous, à quels genres d’acquisitions faisait-il référence ? Quels secteurs sont, plus particulièrement, visés ? L’énergie et l’eau, comme il a été dit ?
Le groupe a réalisé ces dernières années d’importantes acquisitions ciblées sur les métiers d’avenir du groupe dans trois domaines:
énergie et environnement : USFilter, VA Tech et Bonus Energy ;
automatisation et infrastructures industrielles : Flender
santé : CTI, DPC et Bayer Diagnostics.
Par ailleurs, le groupe a cédé ou apporté dans des JV certaines activités : fusion des activités réseaux télécoms avec pour former la JV Nokia Siemens Networks (effectif début 2007), cession des téléphones mobiles à BenQ. Le groupe choisit donc de se renforcer dans des activités à forte croissance où il occupe des positions de tout premier plan au niveau mondial.

Un dernier mot pour vos actionnaires
Siemens est désormais orienté vers les métiers d’infrastructures de l’avenir afin d’occuper des positions de leader dans des domaines aussi vitaux que les télécoms, l’énergie, l’eau ou la santé. Siemens c’est aussi une diversité de talents qui partage la même passion pour l’excellence dans l’intérêt de ses clients, actionnaires et employés. Nos actionnaires peuvent compter sur Siemens pour assurer une croissance profitable sur le long terme, comme la réalisation des objectifs ambitieux du programme Fit4More en avril 2007 le confirmera.


- 22 Septembre 2006 -   
Copyright © 2006 Easybourse.com   
Retour accueil   
 
Publicité

Publié dans INTERVIEW

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article