Les Français forçats du travail ?

Publié le par Real del Sarte

Les Français forçats du travail ?

 (Easybourse.com) Connus traditionnellement pour leur soutien à une politique protectrice en matière d’emploi, l’Allemagne et la France se retrouvent en tête des pays européens souhaitant plus de flexibilité. Ce sont les résultats d’un sondage publié par le Financial Times.

 «Grâce aux 35 heures, les Français ont recréé le mois d'août en mai», écrivait non sans ironie un éditorialiste du Financial Times, en 2001. Près de 5 ans après, le quotidien britannique publie une étude qui pourrait bien faire taire les railleries quant à notre flemme supposée. Ce sondage réalisé auprès de 10 000 habitants de 5 pays européens (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie et Espagne) révèle que les Français aimeraient pouvoir travailler plus. Interrogés pour savoir si le gouvernement était «habilité à limiter le nombre d’heures travaillées par un employé», environ 52% de nos compatriotes répondent « non ». Mieux : les trois quarts d’entre eux se disent prêts à faire des « heures sup » pour gagner plus.

Un résultat logique pour Jean-Paul Fitoussi. Le président de l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques considère en effet que les Français ont toujours préféré augmenter leur salaire que travailler moins : «S’ils ont plébiscité les 35 heures, c’était faute de mieux, une sorte de second best».

Un sondage TNS-Sofres réalisé en 2005 confirme ses propos. Environ 63% des actifs interrogés étaient plus favorables à une amélioration de leur rémunération qu’à une réduction du temps de travail (35%). Quant à l’ensemble de nos concitoyens, 56% d’entre eux avaient estimé que l’on ne travaillait pas assez en France. Cette tendance était encore plus forte chez les hommes (59%), les cadres (59%), les salariés du privé (59%) et…les retraités (67%).

Petites divergences entre voisins

Les britanniques n’ont pas ce genre de préoccupations. La clause de l’ «opt-out» leur permet en effet de déroger à la durée maximum du temps de travail, fixée dans l’Union européenne à 48 heures par semaine, y compris les heures supplémentaires. Plus de 20% des travailleurs britanniques dépassent les 48 heures hebdomadaires. La France et l’Espagne ont tenté de mettre fin à cette dérogation en juin dernier, en vain.

Les Espagnols vont-ils détrôner les Français sur le podium du peuple réputé le plus paresseux ? 72% d’entre eux sont en tout cas favorables à ce que l’Etat contrôle le nombre d’heures passées au travail. L’Allemagne se place à l’opposé avec 65% des salariés favorables à plus de flexibilité. Au total, près de 47% de la population européenne interrogée se déclare défavorable à une limitation du temps de travail.

D’une façon générale, la fameuse « exception française » se confirme quand il s’agit de la vie active. La forte médiatisation des 35 heures à l’étranger est venue renforcer le cliché du Français fainéant…alors que l’OCDE continue de placer la France dans les pays les plus productifs par heure travaillée. Et selon Eric Chauvet, directeur du pôle Management au département Stratégies d'Opinion de TNS Sofres, notre différence se situe à un tout autre niveau : «Les Français ont globalement un rapport plus passionnel au travail que la plupart de leurs voisins. Dans la société française, le travail que vous faites joue un rôle clé dans votre statut social, votre « identité ». Cela conduit les Français à investir davantage leur emploi que les habitants d’autres pays. Le contraste est saisissant avec la société américaine, mais les différences sont assez importantes aussi avec l’Allemagne ou le Royaume-Uni». On comprend mieux que le sujet soit aussi sensible.

Les salariés français deviennent zen

Fait très étonnant, le Financial Times révèle nous sommes moins de 40% à nous inquiéter du fait que notre employeur change, voire réduise le montant de notre retraite d’ici à notre départ. Quant à la palme de l’envie de travailler, elle revient sans surprise… aux Britanniques. Ils sont 72% à souhaiter pouvoir travailler au-delà de l’âge de la retraite, contre 67% d’Italiens et 56% d’Allemands.

En dépit de la réduction du temps de travail, le taux de chômage en France et en Allemagne s’est établi en moyenne à 10% ces dernières années, soit plus du double de celui de la Grande-Bretagne. Selon le FT, cette précarité alliée à la menace des délocalisations vers les pays de l’Est à bas salaires pourrait expliquer que les 2 pays soient majoritairement favorables à la flexibilité. Si les 35 heures n’ont pas encore déclenché de façon significative la reprise de l’emploi, certains estiment qu’elles ont contribué à la dégradation des conditions de travail, à l’instar de Jean-Paul Fitoussi : «Les Français se sentent beaucoup plus exploités, avec des rapports humains plus brutaux au sein de l’entreprise. On leur demande une plus grande disponibilité. Cette tendance a été accentuée par les 35 heures, car il fallait réduire les temps morts et donc augmenter la productivité».

Productifs, les parisiens ont plutôt intérêt à l’être. Selon une étude réalisée par la banque suisse UBS en juin dernier, ils sont les champions du monde du temps non travaillé. Les actifs de la capitale travaillent 1 481 heures par an, quand les habitants des autres métropoles du monde passent en moyenne 1 844 heures au bureau dans l'année. De quoi réalimenter le stock de plaisanteries de nos voisins…

Publié le 23 Octobre 2006 Copyright © 2006  Retour à l'accueil
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Publié dans CULTUREL

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