Bernard Marois Co-auteur de l'ouvrage : «Valoriser le capital immatériel de l'entreprise»
(Easybourse.com) Comment vous est venue l’idée d’écrire un livre à quatre mains avec Alan Fustec sur « Le capital immatériel » de l’entreprise ? Nous avions déjà collaboré, dans le cadre d’un cours que nous avons créé, à HEC, dans le Mastère Développement Durable. Ce cours porte justement sur la « gestion du capital immatériel d’une entreprise ». En quoi ce livre est nouveau ? Rappelons que le capital immatériel est, par définition, tout ce qui n’est pas matériel, dans une entreprise, à savoir la propriété industrielle (marque, brevets, le savoir-faire), le fonds de commerce (clientèle, le savoir-vendre), le système d’information, les relations avec les autres partenaires de l’entreprise (actionnaires, fournisseurs, opinion publique). Il existe peu d’ouvrages sur ces sujets, qui en fait sont importants, car analyser le capital immatériel d’une entreprise, c’est identifier son réel potentiel de développement, donc les conditions de sa pérennité dans l’avenir. Diriez-vous que le capital immatériel tient une place de plus en plus importante dans la valorisation d’une entreprise ? Pourquoi ? Il existe clairement deux facteurs qui expliquent l’importance croissante du capital immatériel dans la valorisation d’une entreprise. D’une part, les sociétés « se tertiarisent » rapidement, c’est-à-dire que leurs activités de service augmentent, par rapport à leurs activités de production ; en conséquence, la composante « immatérielle » s’accroît : les actifs physiques sont moins déterminants que les actifs intangibles (savoir-faire, organisation, etc…) dans la réussite de l’entreprise. L’autre facteur a trait à l’accélération du développement technologique de l’économie : la productivité est de plus en plus liée à l’utilisation de processus de gestion performants, par nature « immatériels ». Comment, par exemple, peut-on valoriser le système d’organisation d’une entreprise ? Sa réactivité ? Une approche « qualitative » est préférable à une approche purement quantitative. Il ne s’agit pas de mesurer les performances à travers des critères financiers, tout au moins dans un premier temps, mais d’évaluer la qualité des différents éléments du capital immatériel : client, propriété industrielle, capacité d’innovation, etc, et de suivre l’évolution de ces éléments dans le temps. Lorsque l’entreprise aura été capable de dresser un « tableau de bord » de son capital immatériel, elle pourra essayer de l’évaluer d’une façon plus financière. L’ouvrage explique la méthodologie à suivre, dans ce cas. Vous observez que les entreprises françaises valorisent moins bien leur capital immatériel que les entreprises américaines. A quoi imputez-vous ce constat ? Pour les entreprises cotées, une façon d’appréhender la valeur du capital immatériel, consiste à comparer la valeur comptable et la valeur boursière d’une entreprise : la différence représente la majeure partie de l’immatériel. Un substitut, facile à utiliser, réside dans le ratio : valeur boursière sur valeur comptable appelé également « ratio g » ; plus il est élevé, plus l’entreprise intègre du capital immatériel dans sa valeur. Globalement, les firmes américaines ont un « ratio g » plus élevé que les françaises. Cela est dû, d’une part, à la plus grande sensibilité des Américains à la problématique du capital immatériel (ce concept a été développé chez eux plus tôt que chez nous). En conséquence, les entreprises américaines communiquent plus sur ce sujet, vers les analystes financiers et les investisseurs. Mais les entreprises européennes sont en train de rattraper leur retard. Quel est le positionnement du capital immatériel, par rapport au développement durable ? Ces deux concepts sont les deux faces du même processus : la préoccupation du long terme. Mais, alors que le développement durable est plutôt un concept « défensif » et « réactif » (initiatives prises par une entreprise pour contrecarrer ou anticiper les actions de groupes de pression, tels que les écologistes), le capital immatériel correspond à une approche plus « offensive » : comment valoriser l’entreprise, dans le long terme, en améliorant les relations avec les principaux partenaires de celle-ci, tout en gardant une dynamique interne, par une politique des ressources humaines tournée vers la réussite. Est-ce que les nouvelles normes comptables IFRS réintègrent le capital immatériel dans les comptes de l’entreprise ? Les nouvelles normes IFRS représentent et, c’est normal, uniquement une vision « comptable ». Ainsi elles considèrent les dépenses de main d’œuvre comme une charge alors que l’approche « capital immatériel » les considèrent comme un « investissement », source de potentiel pour l’avenir ! Par ailleurs, les normes IFRS comportent des biais techniques : elles ne traitent pas de la même façon les investissements de recherche et développement, selon qu’ils sont effectués en interne (ils n’impactent pas alors les comptes du bilan) ou « acquis », à travers le rachat d’une entreprise (dans ce cas, ils sont comptabilisés à l’actif de l’entreprise). Par conséquent, la valeur comptable même corrigée par le recours aux nouvelles normes, ne reflète pas la valeur totale d’une société, rendant indispensable, de ce fait, la prise en compte du capital immatériel dans la valorisation de l’entreprise. |